Sous le soleil de mexico
Le plus célèbre écrivain mexicain depuis Juan Rulfo était de passage en France, et à Marseille à la maison d’éditions l’Ecailler. Paco Ignacio Taibo II, un nom pareil ça ne s’invente pas ! Sa tête non plus. Il pourrait ressembler à un personnage qu’il adore : Speedy Gonzalez, vous savez cette souris mexicaine connue comme la plus rapide du sous-continent. Pour autant Speedy Gonzalez est né dans les studios Disney, qui n’est pas vraiment le verre de mezcal de Taibo II, tout comme Peter Pan un autre héros dont Paco Ignacio nous explique que sans lui nous manquerions d’humanité. Et pour lui l’humanité et ses vertus c’est la gauche. En ces temps-là on le remercie déjà d’être venu. L’auteur mexicain en visite aux éditions de l’Ecailler à Marseille et en conférence à L’Alcazar, la bibliothèque de la ville, vient de publier en espagnol la biographie de Pancho Villa, le libérateur du nord au début du 20 éme siècle. Vous savez le copain de Zapata, celui du sud. Pancho Villa qui manqua de peu l’invasion des Etats Unis. Après la biographie de Che Guevara et plusieurs dizaines de polars et d’essais, il vient aussi d’achever à quatre mains et une cagoule, un roman avec le sous-commandant Marcos : Des morts qui dérangent (Rivages 2006.) S’il y a de la fantaisie et de l’humour dans les romans de Paco. I. Taibo, c’est une bien maigre chose par apport à son éloquence et à sa faconde quand il se lance dans des anecdotes interminables en traitant de « Hijos de puta »une grande partie de la classe politique mexicaine ou quand il développe des théories littéraires entremêlées d’opinions personnelles et de conversations avec des objets usuels. C’est avec son téléphone ou son parapluie qu’il peut disserter de la nature humaine ou questionner l’histoire à partir du peigne de Che guevara. En tout cas un bon conseil pour les asthmatiques, faites comme le natif de Rosario, traversez le continent à mobylette, nagez dans des fleuves pour embrasser des pestiférés, battez-vous comme un beau diable contre votre maladie. Seule une balle saura vous arrêter, mais jamais l’héroïsme. Selon lui et s’inspirant très largement des figures de la littérature française, les héros de notre jeunesse inscrivent en nous certaines valeurs ineffaçables. Ainsi la lecture des Misérables ou des Trois mousquetaires nous donnerait le goût de la justice et la haine des prisons autant que le plaisir de l’amitié à toute épreuve. La vie nous décevra sans doute. Paco cite avec allégresse comme s’il venait de le relire la veille, Le Comte de Monte Christo expliquant qu’Edmond Dantes ne décide pas d’acheter des titres en bourse ou de s’offrir des voitures avec des filles à poil avec son trésor mais de consacrer sa fortune à se venger, du procureur, du juge, de tous ceux qui ont fait sa perte et l’ont condamné au cachot. Cela, c’est un exemple admirable pour la jeunesse. Son personnage, un privé nommé Hector est à mi-chemin entre Jean Valjean et Guevara et assassiné par la police, il ressuscite sous la pression populaire. Voila de quoi réveiller les formes plus réglées du Polar en y mêlant l’imaginaire de Fuentes. Et c’est peut-être pourquoi il a choisi le polar un genre populaire pour faire passer ses opinions gauchistes, me direz-vous ? Non pas exactement, répond-il. Il n’écrit pas de la littérature engagée mais sa culture le lie avec l’histoire populaire et les révolutions. L’histoire de sa famille qui a fui l’Espagne franquiste en 1958 le traverse naturellement ce qui explique pourquoi un des plateaux scéniques de la Bicyclette de Léonard se passe dans la Barcelone anarchiste. Entre autres anecdotes, il raconte que son grand-oncle lui racontait que petit, Paco voulait faire trois métiers : Trapéziste, pompier et écrivain ! Et son grand-oncle de lui demander : « Bien y ahora, que vas à hacer ? » :Bon et maintenant qu’est ce que tu vas faire. C’était il y a deux mois seulement... Paco Taibo résiste sur bien des fronts. Avec la mairie de Mexico il participe à l’envoi de livres dans les quartiers essayant par-là de sauver ce média contre la toute puissance de l’image. Il est aussi engagé dans la campagne zapatiste depuis le début. Le polar c’est continuer la lutte par d’autres moyens mais sans assujettir le roman à l’engagement. L’écriture il aimerait bien lui consacrer plus de temps mais raconte-il, à la moindre grève oubliée, on fait appel à lui pour qu’il écrive un article dans la Jornada. Des ouvriers d’une usine de fer à repasser sont isolés dans une grève depuis un an ; ils l’appellent : « Il faudrait que tu fasses une chronique sur nous ! » Lui a trois romans sur le feu et réfléchit mais le combiné du téléphone lui dit : « Eres de izquierda o no ? » Et voila comment il doit interrompre son récit et repartir se mêler de politique car être de gauche c’est un sacerdoce familial. Dans la salle quelqu’un lui demande ce qu’il pense de la décision de Chavez de sortir du FMI. Il répond simplement, en haussant les épaules comme pour une évidence : « Si, que està bien ! » Paco Ignacio n’est pas venu faire de la politique et confirmer ce qu’on attend de lui. Ce Sancho Panza moderne, agité, volubile qui reconnaît un verbe poétique à Marcos mais peu de rigueur dans la construction romanesque, pense qu’il faut garder une tension dramatique dans le récit, l’obligation faite à l’auteur de garder le contrôle face au lecteur. Pourtant il est le spécialiste des digressions propres au réalisme merveilleux. On y verra un rapport avec ce que fut le roman de Cervantès à Kundera. Mais c’est aussi la vraie différence avec Marcos fidèle au récit collectif relatant un temps cyclique, échappant aux contraintes du temps et au fameux suspens. Paco. I. Taibo, lui, écrit des romans d’aventures plus que des romans policiers en utilisant la langue des « barrios .» Il a accepté d’être le nouveau directeur de la collection l’Atinoir chez L’Ecailler, une collection qui comme son nom l’indique publiera du polar sud-américain.. Christophe Goby.