Hauteur pour le mensuel mordant CQFD et la revue écologique Silence,
GOB, défiguré par une mauvaise mine anti-personnelle (voir Photo Patxi, contrefaits.org), composée de fragments de bonbons Haribos, lors d'une montée laborieuse sur une ruine de Palenque, participe plus
modestement au Ravi à Marseille, à la Galipote en Auvergne et écrit quelques notes pour Politis ou le Monde Diplo. Sinon il dort dans son hamac à Mille mètres d’altitude chaussés de skis de
fond ayant appartenu à Thomas Sankara. (Histoire peu connue).
Voir le nouveau blog à Gob: http://fourmesdediscours.over-blog.org/
Architecture
Modeste et génial !
"C’est souvent une histoire de mots entre l’architecte et son projet".
Place Castellane. Marseille. Entretien avec René Borruey, enseignant-architecte et chercheur en modestie. Pour lui, cela a
commencé il y a soixante-dix ans en Espagne.
1940 : Son père anarchiste et plâtrier fuit l’Espagne vaincue.
1994 : Titulaire enseignant architecture.
1996 : Participe au colloque en Architecture et modestie.
René Borruey enseigne à l’école d’architecture de Marseille. D’origine modeste, il est parvenu à se hisser dans cette profession
où la reproduction sociale est avérée. Hésitant, lui, n’a jamais rien construit. "Il faut sentir les choses pour le faire" dit-il amoureux des mots ou de l’architecture
italienne : il construit plutôt les architectes de demain, avec modestie.
Sa thèse, il l’a réalisée sur l’analyse urbaine de la ville de Marseille, sur le paysage péri-urbain, les Bastides. Pour lui, un
architecte peut avoir un regard sur le monde. "Je m’intéressais sur le comment des grues, c’était une enquête sur comment on fait, le mystère de la construction, les détails du
port".
Sa rencontre avec Guy Desgrandchamps est importante : "Il a un fond anarchiste. On avait un langage commun. C’était
quelqu’un qui était hors normes". C’est sa modestie qui l’intéresse. Guy parle alors de "vacance de soi".
Modeste de condition : "Mon père était plâtrier, d’origine espagnole. Il appartenait à la CNT. Un grand vaincu.
Quant à ma mère c’était une Asturienne". En 1940, ils sont donc réfugiés en France et comme on le sait assez mal reçus !
"Mon père s’est retrouvé au débarquement, c’était un grand anarchiste militant, condamné, il a fui pour ne pas mourir, ma
mère, elle, était fille d’un socialiste". De son père il ajoute encore : "Il se méfiait de l’idéologie. La
France l’a fait beaucoup souffrir. Il la trouvait bourgeoise". A partir de ce constat, René Borruey a fait un travail de rattrapage, pour comprendre que ce monde n’est pas entièrement
mauvais : "Aujourd’hui je me sens anarchiste. J’ai un frère qui est devenu militant de Lutte ouvrière. Moi, je suis censé être un libéral !".
A ses étudiants qui disent que c’est le cours le plus motivant dans les études, il répond que ce n’est pas bon
pour sa modestie.
Quant à la modestie en architecture, elle se définit comme un meilleur pour l’humanité : "C’est d’être à la
hauteur de ce que demande la société à l’architecture ! Pas forcement de s’effacer dans le paysage même si c’est plus respectueux. Nous ne sommes pas écologistes vraiment…"
L’histoire étant sa passion autant que son métier, il raconte : "Modeste, en ancien français, ça veut dire celui qui
observe la mesure ! Celle de l’espace, celle des choses… Jankélévitch (1) a raisonné sur la modestie, il avait une phrase clé : 'Préférer
l’important par nature à l’important pour soi', où est l’important sans moi. Que je ne sois pas simplement dans le geste. Aujourd’hui le métier d’architecte c’est beaucoup
l’esthétique. L’architecte doit évidement savoir l’histoire de l’architecture, de la mode, mais l’expression personnelle compte. Il doit prendre le temps". L’architecte a lu Sénèque
finalement.
On sera plus surpris d’apprendre que Louis Kahn (2) fut un architecte modeste. Borruey argumente : "Je pense à Louis
Kahn qui dit : qu’est-ce que mon bâtiment veut être, sans moi, ça c’est l’important par nature. Et Kahn s’est interrogé toute sa vie sur l’architecture".
L’architecture lui semble à la réflexion plus modeste quand elle est faite par des femmes : Odile Deck (3), Edith Girard
(4) ou Charlotte Perriand (5) qui réalisa les meubles des habitations du Corbusier. Cette dernière, qui sortait des arts décoratifs, justement, s’engagea au Parti communiste
pour changer Paris "de la merde des banlieues". Elle se fâche alors avec le Corbusier. "Elle a toutes les qualités justement, elle a réfléchi à l’ameublement
minimum, à la vie des ménages". Les femmes, qui désormais sont plus nombreuses que les hommes dans les écoles, deviennent souvent chefs d’agences, c’est-à-dire travaillent dans
l’ombre.
La modestie architecturale c’est aussi de travailler pour les pauvres, mais pas en se servant des favelas pour faire sa pub.
"L’Arte povere est une imposture, le minimalisme aussi". Ce n’est pas construire des maisons simples qui assurent un certificat de modestie. C’est une posture, une attitude
d’attention, d’écoute. Borruey voit plutôt de la modestie chez les Japonais qu’il qualifie de génies de la création. Le Japon est collectif en tout : "Il faut aller se promener dans
les rues d’Osaka pour voir le niveau d’architecture qu’il y a là-bas". Dans les modèles reproductibles, le bâtiment pas cher, il cite Jean Prouvé (6). Il ajoute Fernand Pouillon (7),
malgré son goût pour le champagne, qui a reconstruit le vieux Port à Marseille avec cette belle pierre banchée.
Dans l'ouvrage Architecture et Modestie GianCarlo de Carlo déclare : "Je ne suis pas modeste, mais dans
mon architecture j’espère que je le suis !". Il observe les gens, le territoire. A ses étudiants, Borruey dit qu’il faut avoir contact avec la matière. "Votre métier ce n’est pas
seulement dessiner. L’architecte c’est celui qui retourne la table, qui voit comment elle est faite !". C’est celui qui ressemble à ces maîtres maçons du monde médiéval, à Villard de
Honecourt ou Guillaume de Sens.
Mais où voit-on de l’architecture modeste ?: "Dans les architectures anonymes dont on a reparlé dans les années 70,
mais c’est dans la période classique dans le respect de la règle, c’est cette époque ou le maître compte !". L’éclectisme du 19e siècle aussi révèle beaucoup de modestie. Ainsi la
ville en général des années 30, ces immeubles de rapport qu’on trouve à Marseille, la place Castellane, l’œuvre d’Alvaro Siza (8).
Etre modeste peut consister à accepter la monumentalité : "Si la mesure est grande, l’architecture doit l’être
aussi". Par contre, les mécanismes financiers créent des frustrations : "La difficulté pour les architectes maintenant c’est que les lois du marché tendent à tout uniformiser, à
densifier les centres. Des opérateurs tout puissants commandent la ville".
René Borruey termine l’ouvrage auquel il a participé avec la citation de Michel Corajoud : "Le territoire, c’est comme
une conversation : on n’y entre qu’à condition d’écouter ce qui s’est dit, et l’on n’y prend la parole que pour la rendre".
Dans le BTP, on leur offre le livre de Borruey, ils en ont tellement besoin… en toute modestie.
Christophe Goby
• Architecture et Modestie, René Borruey, Giancarlo di Carlo, Guy Desgrandchamps, Benoit Philippe Peckle, Bruno
Queysanne, éd. Théétète, 1999.
(1) Vladimir Jankélévitch (1903 - 1985), philosophe, aborde la question de la modestie dans son "Traité des Vertus"
(1949).
(2)Louis Kahn (1901 - 1974),
architecte américain influencé par Le Corbusier, il s'intéressa aux logement sociaux et aux bâtiments publics. A surtout construit en béton brut et en brique.
(3) Odile Deck, architecte contemporaine exerçant et enseignant à Paris. Lion d'or à la biennale de Venise en 1996. A réalisé
par exemple la FRAC à Rennes.
(4) Edith Girard, née en 1949, architecte contemporaine.
(5) Charlotte Perriand (1903 - 1999), commence par du mobilier adapté aux bâtiments de le Corbusier, avant de voler de ses
propres ailes. Elle a certes construit de nombreux bâtiments à usage collectif comme certains pavillons de la cité universitaire de Paris… mais également la station de ski des Arcs, très loin
de l'écologie ! Une des rares femmes architectes devenue célèbre.
(6) Jean Prouvé (1901 - 1984), développe la standardisation industrielle dans
l'architecture. A rejoint l'appel de l'Abbé Pierre dans les années 50 pour proposer des logements pour les plus pauvres.
(7) Fernand Pouillon (1912 - 1986). Prix Médicis en 1964 pour son roman "Les Pierres sauvages" écrit en prison après une
condamnation dans un scandale immobilier.
(8) Alvaro Siza, né en 1933 au Portugal. A construit de nombreux quartiers avec des logements sociaux, dans différents pays,
dont Montreuil en région parisienne. Grand prix spécial de l'Urbanisme en 2005.
Georges Bataille. Histoire de l’œil. L’Imaginaire Gallimard.
« Simone, en effet, se branlait, collée à la grille, à côté du prêtre, le corps tendu, cuisses écartées, les doigts fouillant la fourrure.. Je pouvais la toucher, ma main dans les fesses
atteignit le trou. A ce moment j’entendis clairement prononcer :
-Mon père, je n’ai pas dit le plus coupable.
Un silence suivit.
- Le plus coupable, mon père, est que je me branle en vous parlant.
Quelques secondes, cette fois, de chuchotement. Enfin, presque à voix haute :
-Si tu ne me crois pas, je peux montrer.
Et Simone se leva, s’ouvrit sous l’œil de la guérite se branlant, se pâmant d’une main sûre et rapide.
-Et bien curé, cria Simone en frappant de grands coups sur l’armoire, qu’est ce que tu fais dans ta baraque ? Est-ce que tu te branles, toi aussi ?
Mais le confessionnal restait muet.
Alors j’ouvre !
A l’intérieur, le visionnaire assis, la tête basse, épongeait un front dégouttant de sueur. La jeune fille fouilla la
soutane : il ne broncha pas .Elle retroussa l’immonde jupe noire et sortit une longue verge rose et dure : il ne fit que rejeter la tête en arrière, avec une grimace et un sifflement
des dents. Il laissa faire Simone qui prit la bestialité dans sa bouche. »
Nid de Couveuses.
À l’heure où le libéralisme montre ses failles, après avoir systématisé le gain à tout prix, une économie humaine continue son petit bonhomme de
chemin loin de la réussite mais près de l’homme. Reportage à Marseille.
Célia Guerri se lance dans le Pousse pousse à Marseille, Mikaël Fauvel éduque des adolescents à l’art et l’environnement, et GianCarlo Solito
organise le massage d’employés d’EDF, par des aveugles. Leur point commun : Inter-Made, la couveuse solidaire de Marseille.
Alexandre Fassi, son directeur le reconnaît : « Il y a des gens qui viennent ici avec des rêves et l’on doit les faire correspondre à
la réalité. »
Cette « couveuse » d’entreprises sociales et solidaires est un lieu physique bien réel avec des bureaux destinés à ces projets équitables, souvent
solidaires et toujours tournés vers l’humain. Unique couveuse de ce type en PACA une centaine de personnes passent 18 rue du Transvaal tous les ans.
Les bureaux sont situés à l’intérieur d’un immense hangar du vieux Marseille où sont installées des cuves pleines d’huile de tournesol, celles de
Roule Ma frite, une association écologique qui recycle l’huile usagée dans les moteurs automobiles. Au fond, Gruik, apporte la touche culturelle à ce lieu particulier.
Hier se tenait dans ce lieu une assemblée générale de la NEF (société bancaire alternative), où Alexandre a expliqué
chaudière sous le coude, qu’on pouvait se chauffer à l’huile.
Gian Carlo de l’association Assamma qui a maintenant quatre salariés, s’emploie à « trouver des solutions de bien-être aux
entreprises » tout en améliorant les conditions de travail et cela avec un personnel de non-voyants : Projet donc économique, social et solidaire. « On travaille
avec Areva, Air France ou les plateaux téléphoniques » m’explique-t-il. Des entreprises qui ne pensent pas forcément au bien-être de leurs salariés : « C’est très
innovant en France le bien-être des salariés » Giancarlo s’est formé en Inde au Shiatzu et a voulu insérer socialement des non-voyants par le massage :« En
Asie, c’est le premier débouché pour les aveugles. »
Inter-made utilise plusieurs dispositifs pour promouvoir l’économie solidaire : d’une part les Starters, une formation courte durant
trois mois qui permettent à des créateurs d’être soutenus dans les dépôts de dossiers, pour leur comptabilité ou les aspects juridiques . Ensuite quand l’embryon est bien formé, certains
sortent directement dans le triste monde libéral tandis que d’autres restent en couveuse pendant 9 mois, renouvelables une fois. Enfin les projets sont en suivi post création durant six
mois.
Parmi les Starters, qui ne démarrent pas tous facilement, on trouve un projet d’épicerie paysanne solidaire à Marseille, un centre de formation à la
mosaïque décorative à La Ciotat ou un lieu pour les parents isolés dans le Var. Célia Guerri n’a pas peur de lancer une compagnie de Pousse-pousse, un moyen écologique de déplacement en ville
et cela avec l’assentiment des taxis car elle compte couvrir des parcours courts non desservis.
Chez les prématurés en couveuse, Anne-Marie Seeman propose des enregistrements sur CD de livres, tandis que la Boutique écologique fondée par Grégory
et Julie vendent des produits d’entretien biologiques. Ils disposent, comme chaque porteur de projets d’un bureau à l’étage avec un PC relié à Internet par Linux et un téléphone. Quand les
marchandises envahissent les locaux, la SCOP doit trouver un autre lieu, mais La Boutique écologique pense devenir colocataires. Leur différence, ils essayent de la faire sur la réduction des
emballages et l’achat direct au producteur.
Les projets en post création ne sont qu’au nombre de trois dont Energira monté par Sylvain Fenouillet, un projet ambitieux dans le domaine de l’énergie.
Des entreprises ont pris leur envol tel Eco Sapiens, un site web qui vit des commissions sur des produits éthiques. Le collectif Mesclun, installé rue Berlioz est une pépinière d’entreprises
solidaires : on y trouve Epice, une association qui vend des produits équitables du bout du Monde.
Alexandre Fassi, sans ségolénisme aucun, insiste sur l’aspect participatif : « Nous avons trois collèges dont deux sont composés
de porteurs de projets, c’est novateur comme fonctionnement ! » Il rappelle qu’Inter-Made est issu des Foyers des jeunes Travailleurs, dans cette idée du Faire autrement :
En 2001, les AAJT devant le manque de dispositifs pour les jeunes, créent Interstice Made in Marseille ; avec l’envie de dynamiser les quartiers et de dynamiter les différences
générationnelles. Sibel Korkmaz, chargé de gestion, est la super woman de la couveuse. Embauchée en 2003, elle est la plus ancienne salariée : Elle souligne « les
projets non-lucratifs, sans dividendes. » L’objet principal ici est de créer des emplois avec une gouvernance démocratique loin de la tyrannie du salariat. « Et puis les
associations ou les SCOP sont ancrées dans le territoire. »
Alexandre insiste outre sur l’hébergement physique, sur celui juridique apporté par Inter-Made : « Nous servons à décaisser et
encaisser à la place des associations » qui n’existent pas encore. La maman des poissons, elle est bien gentille… « On n’est pas des parents non plus et l’on insiste sur
la mutualisation. » Ce que reconnaît Mikaël, surdiplômé en animation socio culturelle, travaillant avec Champs Libres-Gardanne Circus: « Pour notre camp de vacances cet
été dans le Var, on va prendre des produits écologiques de Julie. » Mikaël se reconnaît dans l’ESS car « c’est un système différent, anticapitaliste. » Il y trouve
des valeurs collectives, non lucratives et une coopération. C’est exactement ce à quoi sert Inter-Made reconnaît Alexandre qui sait combien il faut expliquer le champ de l’ESS et ses
valeurs.
Elles sont nombreuses, les associations et les Scops nées à Inter-Made : La Kuizin, un des rares restaurants bio installé à la Belle de mai qui
intervient sur des manifestations, Zim Zam, un cirque adapté aux personnes handicapées ou Hygia qui a toutes les faveurs d’Alexandre, car c’est une réalisation unique de socio esthétique
dans le XIIIe arrondissement.
Institut de beauté
solidaire : Belle et rebelle
Hygia a été fondée en 2005 par deux esthéticiennes, Sophie KARDOUS et Karima OURABAH dans le XIIIe arrondissement de
Marseille. C’est « un espace de médiation santé » et surtout un Institut de beauté solidaire ce qui ne manque pas de piquant : On trouve avenue Saint Paul dans le
quartier Malpassé une coiffeuse et une esthéticienne qui prennent le temps avec vous : « On travaille l’intérieur de la personne. » Mais on n’oublie pas
l’insertion professionnelle en travaillant les codes sociaux ou l’hygiène, « Comment se faire une garde-robe, comment se mettre en valeur. » Sophie ajoute :
« Même une épilation aisselle, on discute une heure ! » Imaginez pour les jambes ?
La mairie du 13/14e leur a mis a disposition 300 m2 pour revitaliser ce quartier, « Il manquait un lieu
ressources pour les femmes. Ici, on peut venir prendre un café, partager des moments d’échanges entre femmes » , c’est un lieu qui n’existait
pas. » Hygia est tournée sur le médical et le carcéral dans une approche socio-esthétique.
Devenir autofinancé n’est pas une priorité. Alexandre estime « qu’on recherche aussi à satisfaire des demandes publiques » celles
du Conseil Général, ou de la ville de Marseille « qui nous a confié un travail au Nord de la ville sur la primo émergence : des gens qui ont une idée mais qui ont des difficultés
à la mise en oeuvre. » Avec un air satisfait, Alexandre me sourit : « La crise aidant, on se tourne vers nous. »
Roule ma frite.
« Je ne veux pas qu’on nous considère comme le ED du carburant » m’explique fermement Serge Terral, un membre de Roule ma Frite qui n’ a pas sa
langue dans sa poche « Parce que jusque là les médias ne parlaient de nous que sur l’aspect fric. » Alors que l’association partenaire à Inter-Made qui occupe une grande
place avec ces réservoirs d’huile de tournesol, veut qu’on la considère comme servant l’écologie : « C’est un déchet qu’on recycle » continue-t-il. «
En ce moment on rend service aux restaurateurs » Ses raisons écologiques ne manquent pas : « L’huile de palme, on connaît, c’est dans l ‘égout et ça finit à la
Pointe rouge », une plage réputée de Marseille.
Remonté, Serge me raconte, pendant qu’un camion rempli d’huile en bidon se gare devant le hangar son goût pour cette pratique, « C’est une
alternative à l’emprise des grands pétroliers , l’Amoco Cadiz, on s’en rappelle. » Il ajoute que cela fait la nique à Sud- Recup une filiale de Véolia qui fait payer pour l’enlèvement
de l’huile et qui l’expédie à l’étranger sous forme de biodiesel
A Roule Ma Frite, on récupère l’huile de tournesol, on la filtre et on la met dans son moteur moyennant quelques modifications sur la pompe et les
injecteurs. Trois cents adhérents, non filtrés eux, viennent régulièrement prendre une potion magique : c’est la queue à la belle saison devant cette station-service hors norme, mais tous
ne sont pas sensibles à l’écologie : on vient aussi parce que c’est moins cher. En effet, il n’y a pas de Taxe Intérieure sur les Carburants à payer.
La tête et les jambes. Pousse pousse à
Marseille.
Célia Guerri, marseillaise de 37 ans, a décidé de tirer un pousse pousse dans Marseille avec un vélo à assistance électrique. « Je suis la
tête et les jambes » plaisante cette militante des transports alternatifs. « J’ai choisi le Maximus, il a un moteur puissant et convient à la topographie
marseillaise. » On pourra donc faire ses rogations à Notre Dame de La Garde ou rouler sur la Corniche comme Célia l’a imaginé. Encore au RMI, Célia souhaite rapidement s’installer en
Scop, pour l’instant c’est Inter-made qui l’a soutient : « Je n’ai pas de Capital mais beaucoup d’amis » Des amis qui lui ont permis d’acheter trois machines dont
elle a pu montrer l’intérêt lors de Science Sans Frontières. A Inter-made, elle a découvert l’ESS quoique « sans le savoir on peut porter en soi les mêmes principes. » Elle
ajoute enthousiaste que « l’Economie sociale possède tous les principes de l’entreprise professionnelle mais l’homme reste au centre des choses, voilà le renouveau ».
Inter-made c’est aussi la roue de secours avec son responsable ESS: « Pierre Lévy a passé quelques coups de fil et m’a trouvé un garage pour mes pousse-pousses, à la suite du
désistement d’un ami. »
Le projet a pour vocation essentielle d’exister dans chaque quartier , comme moyen de transport du noyau villageois pour des déplacements courts,
« emmener les enfants à l’école, mais sans voiture. » Célia pense aux annonceurs pour financer ce projet cycle « On ne veut pas Coca-Cola ou Danone, mais des petits
commerçants et pourquoi pas le « 51 » ou « l’OM » car elle et son équipe sont avant tout, fiers d’être marseillais.
Alain Tanner, Paulo et 68.
Je n’attendais personne ce jour là au marché de la Plaine, sauf le client. Finalement c’est Paulo qui m’a accosté avec son air goguenard, sa mine de
loustic qui sort direct d’une fête de viticulteurs, avec un panier sous le bras,
comme un avoué, vide, toujours vide parce que Paulo, voyez-vous ce qui l’intéresse c’est le marché, pas ce qu’on y trouve. Mais bon le sujet c’est pas
Paulo. Non c’est le film d’Alain tanner : « Jonas aura 25 ans en l’an 2000 » Je lui dis à Paulo que je l’ai vu hier ; Lui me répond qu’il l’a vu il y
a trente ans ! Ouah ! le coup de vieux ! Merde Paulo j’ savais pas ! Mais ils sont toujours vivants les types de cette époque : pas croyable ! Paulo l’a vu à 20
ans ce film ! Mazette ! Le jour de sa sortie même ! Oh la, tu charries !
Vous attendez pas à un article façon Cahiers du Cinéma avec des réflexions sur la prise de vue, champ contre champ, sur l’ambiance dans la
caravane de Miou Miou ! D’abord parce que j’en sais rien, et tribord parce qu’Alain Tanner est suisse !
C’est Jojo Bollon le patron du festival du Court métrage de Clermont qui me le disait : « Si tu veux voir du cinéma d’après 68,
vas voir Tanner, et ressuscite si tu peux ! » Moi j’aime l’ambiance du film, cadrage long sur des champs plein de terre avec un peu de brouillard. Genève l’hiver se
découvre avec un gros plan sur Rousseau que j’avais pris pour Montesquieu !
L’histoire est pleine d’histoires : celle de gens . Miou miou joue une caissière qui ne fait pas payer les vieux jusqu’au jour où elle ne fait pas payer la bouteille de whisky
d’un professeur d’histoire qu’on aurait tous aimé avoir à moins d’avoir eu la chance de pas avoir été à l’école! Rufus tout jeune, mais chauve quand même, joue un typographe au chômage qui
trouve une place chez des maraîchers installés en bordure de la ville.
Là commencera le bonheur d’une petite communauté où il finira par monter une école parallèle dans une serre. Le prof d’histoire raconte ses histoires
d’amour à sa classe de chevelus, un ancien journaliste cherche des noises à une banque, tout un petit monde pas encore vaincu par l’après 68 se croise, échange et se demande ce qu’il faut faire
en attendant ou pas la révolution.
Et puis Paulo s’en est retourné, sifflotant une java car il ne se rendait plus compte de l’heure. Il est allé prendre un pastis au bar des
Maraîchers !
En ligne 28 septembre 2009.
Réquisition citoyenne dans un hypermarché.
La situation économique et les succès ultramarins encouragent les militants les plus radicaux à renouer avec la pratique de l’auto réduction. Non-violents,
ils tentent de reprendre la marchandise à ceux qui la vendent.
Manquée ! L’action était pourtant bien préparée et tenue secrete, trop peut-être, en se donnant rendez-vous place des Réformés, pour filer en douce au
Carrefour du Merlan. « On nous distribue des petits papiers avec la liste de courses.» me raconte Marie, une militante du NPA. La liste comporte du riz, de la farine, de
l’huile d’olive etc…de préférence prendre du bio lui indique-t-on. Pas de champagne et de petits-fours comme il est de coutume dans les milieux autorisés, aurait dit Coluche. Une
trentaine de personnes, des militants marseillais prêts à l’action, et de toutes les chapelles, s’activent ce samedi 13 Mars.
Cette pratique appellée aussi auto réduction a été popularisée par les mouvements autonomes dans les années 70. On se souvient aussi de Fauchon,
pillée par les Maos. Plus récement à Paris, ce sont les étudiants de Tolbiac qui l’ont expérimenté dans un Mono-prix ou des chômeurs à Lille fin janvier qui
ont renoué avec cette pratique courante pendant le mouvement des chomeurs de l’hiver 1997-98. Même à Rodez où 150 personnes se sont retrouvées après un appel sur Face-Book.
Après s’être fournis dans les rayons et avoir remplis consciencieusement leurs chariots, ils se sont retrouvés aux caisses en distribuant un
tract appelant à la réquisition. À quinze heures, tout le monde se retrouve donc entre les caisses 15 et 25 :« Aujourd’hui c’est gratuit !! Finis les
raviolis. » Quelques complices ont déployé une banderole : « Nous ne payerons pas la crise. »
Ces clients « spéciaux » expliquent aux clients du samedi, que les supermarchés font trop de marges sur le dos des consommateurs.
« Les Vigiles sont arrivés de suite alors que les caissières étaient très tranquilles. » Après des négociations, le directeur demande à
choisir le contenu du caddie et ne souhaite qu’en laisser partir qu’un. Une demande irrecevable pour les réquisitionnaires. Peu après la police arrive. Puis ce sont les CRS qui viennent
renforcer la surveillance. Cette action non-violente a finalement été interrompue et ces « clients » sont repartis bredouilles. Arielle raconte qu’il manquait sûrement de monde dans
un magasin de cette taille mais « L’assemblée générale que nous avons eu après a été constructive » Pour cette ex-militante de Résister, le plus important a été l’adhésion
des clients à notre revendication. Le lendemain un pique-nique réunissant les mal-logés devait étre l’occasion de partager la « recette » sur le Vieux Port. Entre deux pizzas, un
militant libertaire pense que le nombre a été le facteur décisif dans cette action : « A Marseille on devrait être au moins cent à faire ça. » Tandis qu’une ancienne
militante du Parti Socialiste est venu apporter des victuailles réconfortantes, les discussions vont bon train sur la journée du 19 mars. Si les réquisitions sont alimentaires, elles ne sont
pas forcément élementaires.
Les
zapatistes caracolent en tête
Les zapatistes sont sortis de la forêt lacandone le 1 er Janvier 1994 en occupant San Cristobal de las Casas. Depuis ils ont organisé marches de
protestations, rencontres indigènes et échanges avec la société civile du monde entier. Si les Zapatistes ont réussi à construire un autre monde, de l’éducation à l’agriculture, ils sont en
proie aux attaques incessantes de l’état fédéral. Guérilla armée mais non-violente, l’EZLN manie les paradoxes comme son porte-parole, le sous-commandant Marcos. Patxi, photographe marseillais,
s’est rendu avec une caravane de solidarité au Mexique cet été. Son groupe a eu la chance de rencontrer les rebelles et le sous commandant Marcos. Retour sur un peuple libéré de son
joug.
Une caravane de solidarité avec les zapatistes s’est rendu au Mexique dans l’état du Chiapas cet été. Quatorze ans déjà pour l’insurrection indigène qui a
marqué le retour de la désobéissance civile sur le plan planétaire et le début de la lutte alter mondialiste.
« No estan solos », vous n’êtes pas seuls, voilà ce qu’en substance sont venus dire les trois cent observateurs européens aux indiens zapatistes
cet été 2008 au Chiapas. Si en 1994, la rébellion de l’EZLN avait fait grand bruit, les choses ne sont pourtant pas réglées dans cette zone hors libre commerce, qui s’est arrachée au
libéralisme avec la patience d’un « caracol », cet escargot qui symbolise la révolution de ceux « en bas à gauche. » Depuis des élections présidentielles
contestables où l’EZLN avait mené une « autre campagne » pour fédérer une gauche éloignée du PRD, la pression de l’armée se fait de plus en plus forte.
Patxi, photographe au collectif Contrefaits, s’est rendu au Mexique durant trois semaines pour participer à cette caravane de solidarité. Il explique
les nouvelles menaces que fait peser le gouvernement sur les territoires libérés, « Le 4 juin, l’armée est rentrée à la Galéana sous le prétexte fallacieux de rechercher d’inexistantes
plantations de Marijuana. Les camions militaires sont restés sur la route tandis que les hommes armés sont montés dans les champs de maïs. Heureusement les femmes sont descendues pour arrêter
les militaires. » Ce coup d’essai qui ressemble à une vieille technique de la contre insurrection n’a pas porté ses fruits ce jour-là. Mais continue Patxi, « Une nouvelle
technique est apparue, plus sournoise. Désormais le gouvernement octroie des titres de propriétés à des paysans non-zapatistes, afin de créer des divisions. » Ces titres sont ceux des
terres récupérées par les indiens zapatistes au cours des dernières années et qui sont collectives, « Ceci pour miner les communautés. » Au pays du feu et de la parole, le
dialogue a évité les dérapages, mais les braises couvent.
Fin juillet, de toute l’Europe, des délégations sont arrivés au local de « Unios » afin d’établir leur programme. «C’est près du
métro Cuathémoc ; après on a embarqué dans cinq bus qui sont partis vers le Chiapas. » Les Italiens en nombre comme les Espagnols viennent des centres sociaux, des luttes contre
l’incinérateur à Naples« Il y avait même des membres du réseau de Football Rebelle. Chez les Grecs plutôt des étudiants et des gens du syndicat du livre. »
La moyenne d’age est plus basse pour cette nouvelle caravane chargée de rencontrer les communautés et de créer des liens avec le deuxième monde. Le sous
commandant Marcos l’a souligné lors d’un discours de bienvenue, notant que beaucoup d’entre eux n’avaient pas connu le soulèvement de 1994. Il a raconté les débuts d’un groupe de guérilleros
dans la fôret Lacandone : « Dans toutes ces annéeslà, nous étions seuls. Personne ne venait de Grèce nous voir. Pas plus que d’Espagne ou de France ou d’Italie ou du Pays
basque. »
Les « observateurs » arrivés à San Cristobal après dix-huit heures de trajet repartent bientôt pour les quatre Carcacols avec le regret de
ne pas avoir pu passer à Oaxaca Ils ne sont pas pour autant les bienvenus de tous : « Dans les stations services on nous refusait le diesel. On a même vu le pompiste au téléphone
nous signifiant un refus ! »
Patxi se retrouve à la Garucha, un Caracol en moyenne montagne ,« C’est à la fois l’endroit où se réunissent les autorités autonomes et
l’interface avec l’extérieur. Physiquement il y a une grande estrade pour parle, une clinique juste terminée, une école ornée d’une fresque magnifique de Zapata et des « tiendas »
gérées collectivement et à tour de rôle. On trouve aussi un centre de médias indépendants, Promedios, qui réalise essentiellement des vidéos » A l’entrée du Caracol, on tombe sur ce
panneau qui précise les choses : « Vous êtes en territoire zapatiste. Ici le peuple commande et le gouvernement obéit. » Ces instances décisionnelles se démarquent des
nôtres car ici, « Tous les dix jours, on tourne. C’est pour se protéger de la corruption. » Aussi pour que chacun puisse travaillant la terre, connaître les tâches de
gestion. « C’est vécu comme une charge et un honneur, »insiste mon interlocuteur.
« Les zapatistes ont voulu nous raconter leur vie quotidienne » dans une relation directe. Il y a un avant et un après 1994 pour les
zapatistes ; ils semblent être sorti d’un ancien régime comparable à celui connu avant la Révolution française.
Patxi, soucieux de transmettre les inquiétudes des zapatistes, retient aussi des soirées de fête sans alcool ni drogue, et des lendemains sans gueule
de bois, où sur un cheval blanc le commandant Marcos est venu saluer ces « gringos » qui sont venus saluer les invisibles, « ceux qu’on voit depuis qu’ils portent
cagoule »
C’est Moises qui a insisté sur l’autonomie comme sur les incessants retours de la parole entre les communautés. Il a notamment parlé de la visite de
membres de Via Campesina « Nous les avons rencontrés à La Realidad, où nous étions tous quand nous avons parlé avec eux, nous leur avons dit que, pour nous, les rencontres de
dirigeants ne valaient rien. Pas même la photo qu’ils faisaient prendre à ce moment là. » Radicalement prés de la base il a continué ajoutant : « qu’il devait bien
exister un Pays basque en rébellion, qu’il y avait une Grèce rebelle, une France insurgée, une Italie des luttes ; mais nous ne les voyions pas. »
Patxi, en cette fin d’année suit les évenements au Mexique, les assasinats de paysans sur les sites touristiques en cotobre et la découverte du corps d’une membre
de la caravane, retrouvée morte. En solidarité il fait découvrir le Café Mutz Vitz, un café rebelle et zapatiste, qu’il faut pré-acheter comme dans cette Amap de Bonneveine qui depuis des
années en fait venir du Chiapas.
La poste, pas encore privatisée, mais déjà répressive.
Si la direction de la Poste s’en prend désormais à Olivier Besancenot, poursuivi pour des échanges houleux avec
le directeur du centre de tri de Nanterre ; dans « La principauté postale des Bouches-du-Rhône », un facteur a été mis à pied pour n’avoir pas suivi les ordres à la lettre et une
guichetière en maladie est sanctionnée. Tous sont syndiqués.
« Avant on était dans la théorie, maintenant plus personne n’est dupe ! » Ainsi s’exprime Serge Reynaud, postier syndicaliste à Marseille à la Poste Colbert.
En mai dernier une grève dure démarre à Marseille pour contrer un nouveau projet de la Poste nommé
« Facteur d’avenir ». Pour Serge Reynaud, facteur d’avenir, c’est la disparition du facteur, « Aujourd’hui un facteur connaît son quartier, mais cela n’existera
plus » La Poste préfère miser sur le développement européen ou sur l’exposition de ses athlètes comme Yohann Dinitz qui « marche » à fond ou Bob Tahri, agent au courrier qui
se défonce, mais au Steeple.
Véronique Pezzot, guichetière à Marseille, ne court pas le marathon. En décembre, elle est en maladie pour dépression
nerveuse. Elle envoie un courrier le 17 pour demander à sa hiérarchie une autorisation d’absence car elle ne « se sent pas de passer seule les fêtes de fin
d’année ».
« J’étais trop naïve, et trop honnête » regrette-elle. La Poste pleine d’humanité envers ses
employés, dépêche alors un cabinet privé pour constater son absence le 24, le jour où elle aurait dû recevoir une réponse. Une opération pas chère et qui permet à la Poste d’économiser 12
jours de salaires qu’elle retire à Véronique, postière à Arenc dans le 15e. Lui fait-on payer son appartenance à SUD ou la Poste cherche-t-elle seulement à liquider et déqualifier
ses employés.
Déjà à Nantes en 2006, les postiers avaient protesté.Facteur d’avenir prévoit en effet de scinder en entités plus réduites la distribution du courrier, en imposant aux facteurs que
tout soit distribué quelle que soit la charge de travail, et que celui des absents soit assuré par les présents six jours sur sept. « Désormais les cadences sont augmentées, le temps de distribution aussi et
pendant ce temps-là, des sociétés privées s’attaquent à la distribution, comme Adrexo qui s’occupait avant de la publicité »
Serge Reynaud peut paraître vieux jeu avec son guichet à la papa et son appartenance à la CNT, le
syndicat anarchiste, à l’heure où dans toutes les postes, on installe des portiques vendant des DVD de Oui-Oui, mais à Marseille ces innovations ne sont pas encore arrivées. .« Ils
vendront bientôt des billets de train » plaisante-il à moitié.
En 2008 la Poste a mis le paquet pour contrer la grève, « présence d’huissiers tous les jours,
remplacement par des intérimaires non pas dans des centres parallèles mais dans les centres de tri. » La Poste toujours plus avide de courrier, a même produit un tract par jour
et de ce tonneau : « Les syndicats vous mentent » Elle a parlé « d’intérimaires formés et assermentés. » Une énormité selon le facteur très à
cheval sur les règles.
Serge a risqué la révocation parce qu’avec une centaine d’autres postiers, ils auraient sorti du rail la porte
de la direction départementale en allant demander audience à la direction. En outre il lui est reproché lors de la grève de mai, « avec un préavis de Sud Poste et
reconductible » d’avoir pris la parole devant ses camarades. Son chef d’établissement, un cadre d’un nouveau genre, lui a enjoint de se taire ce qu’il n’a pas fait :
résultat ; refus d’obéissance. Cela n’a pas plut aussi d’avoir privilégié sa tournée plutôt que les plis électoraux. « Les gens du quartier ont écrit des lettres à la
direction. La révocation c’est grave ; c’est arrivé pour les 14 de Bègles la dernière fois » Ceux-là avaient eu droit au GIGN venu coller autre chose que des timbres… Serge
Reynaud est un facteur apprécié dans son quartier, un de ceux que la Poste appelle justement « Le Personnage du facteur.»
Dominique Reinosa , habitante du quartier écrit : « en tant qu’usager du service public de la
Poste auquel je suis très attaché (je connais sa valeur par apport à d’autres pays) » et évoque chez Serge Reynaud « son amour du travail bien fait » et parle de
« mon facteur .» L’équipe de santé à qui il apporte son courrier apprend « avec stupéfaction » les sanctions qui pèsent sur cet employé « qui a
proposé de mettre le courrier de côté jusqu’à notre retour » Ils ajoutent ce qui n’est pas sans piment pour ce libertaire que leur facteur « est une véritable plus-value pour
les services publics. » Voilà qui devrait satisfaire les ambitions commerciales de la Poste. Facteur d’avenir convient peu aux usagers de la Poste, attachés à « leur
facteur » dont la direction semble vouloir faire une icône en le faisant disparaître par la porte arrière.
!
Sans faire de pli, la direction de la Poste a mis Serge à pied fin octobre 2008, lui qui était plutôt à cheval
sur le règlement. Il ne percevra plus son salaire pendant deux ans. Serge a saisi le tribunal administratif et fait désormais ses tournées en livrant du vin et en vendant des tee-shirts de
soutien: « La poste pas encore privatisée, déjà répressive. »
29 septembre 2009.
Anti-spectacle ou société du spectacle.
Monde de chiens ? Et pourquoi pas ? Étrange spectacle qu’ont pu voir les aficionados de la Fête patromâle de Saint Amant Roche
Savine. Descente dans une cave bien humide pour découvrir une femme torturée derrière des fils de chantier. Ça sentait son spectacle d’avant-garde, ou de torturés. J’ai pris peur, mais je suis
resté. Un quart d’heure plus tard mes doutes s’étaient confirmés, mais je ne pouvais pas sortir…Coincé : j’étais fait comme un rat et dans une cave en plus !
Puis, sentant des champignons éclore sur ma peau, ruisselant de toutes les larmes du Christ demandant à Marie Madeleine de lui laver encore les pieds, j’ai
ressenti non pas l’appel du seigneur, mais bien les premières good vibrations en écoutant Gib et Nouche (Les acteurs) réciter les discours de Lawrence Summers qui est
actuellement le chef du Conseil économique
national dans l’administration Obama, ex-boy friend de la Banque Mondiale. Ce White guy a dit, et là lisez bien ça (c’est dans la
pièce) : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico [...] Il
faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays les moins avancés [...] et se préoccuper davantage d’un facteur aggravant les risques d’un cancer de la
prostate dans un pays où les gens vivent assez vieux pour avoir cette maladie, que dans un autre pays où deux cents enfants sur mille meurent avant d’avoir l’âge de cinq ans. [.] Le calcul du
coût d’une pollution dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés par l’accroissement de la morbidité et de la mortalité. De ce point de vue, une certaine dose de pollution devrait
exister dans les pays où ce coût est le plus faible, autrement dit où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient
déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. »
Imparable, voilà le mot qui convient.
On dit de lui qu’il parle crûment pour un économiste. Je ne savais pas que crûment
signifiait parler comme un chien. Ajoutons, que ce bout en train keynésien considérait que les femmes étaient intrinsèquement moins douées pour les mathématiques que les hommes.
Outre les délicatesses économiques du sieur Lawrence, André Daguin s’est retrouvé en haut de l’affiche. Ce membre de notre patronat à nous s’est révélé assez
carnassier, limite bouledogue : « Vous devez être ceux qui menacent, pas ceux qui sont menacés. » Vendeur de dentifrice : « Vos dents doivent rayer le
parquet. » Guerrier du rayon surgelé : « L’indulgence est comme la pitié, elle vous déshonore … » Fasciste de linéaire : « la société a
besoin de durs, pas de mous » MEDEF ou PATDEF, pour ce pachyderme ?
Et dire que Philippe Val ou Yves Cochet avec son discours malthusien sont venus faire de jolis discours à l’université du MEDEF. On s’amuse
chez les entrepreneurs avec la presse et l’écologie. Dans la pièce, on rigole moins. Sans vous refaire le coup de la société du spectacle, lisez là. Il n’y a ni DVD ni BD du
bouquin de Debord, pas de bol.
Le spectacle : Les Permaloso. Mondo Cane.
Jerzy Rosinski, L’Oiseau Bariolé, Flammarion 1966. J’ai Lu.
C’est un livre d’une cruauté insoutenable par moments, un poil-de-carotte dans la Pologne de la
seconde guerre mondiale. Un enfant passe de famille en famille se sauvant d’une situation cauchemardesque pour retrouver un environnement atroce. Enfoncé dans la campagne qu’on suppose
polonaise quoique qu’aucune indication géographique ne soit mentionnée, l’enfant survit à la sauvagerie, au travail et aux coups des paysans les plus attardés qui soient . Est-ce une
fiction ou un récit auto-biographique, qu’importe malgré la préface mettant en garde. Beaucoup d’éléments sont vérifiables dans des récits historiques sur la Pologne mais il paraît peu probable
qu’il puisse arriver un tel déchainements de galères à un seul enfant et qu’il en réchappe. L’ambiance des confins de la Pologne y est, il suffit de lire Curzio Malaparte ou Daniel Goldhagen
pour retrouver la cruauté de ce pays à cette période.
Un livre trouvé dans la maison de Martigues et qui foutra les jetons.

Mémorial de Agravios- Oaxaca, Mexico, 2006, Ediciones Maribu. 2009. 45 euros.
L'ombre portée du conflit guadeloupéen s'est probablement méditée à partir du Mexique, de l'état de Oaxaca où, à partir de juin 2006, une occupation de
professeurs prit une tournure inquiétante pour les dominants du monde. La violence de la police entraîna une résistance qui dura six mois et monta crescendo dans une ville bientôt occupée par
les barricades. Les manifestants, jusqu'à 300 000, au plus fort de la mobilisation, s'animèrent d'une expression populaire et de formes de combat inédites : occupations de
mairies et des moyens de communication ; quatorze radios libres ouvrant leurs antennes à la parole du peuple, réquisitions, blocages des routes, et résistances sur piquets de nuit.
Raoul Vaneigem, le philosophe situationniste, y reconnut les fantômes de la Commune de Paris tandis que l'auteur « millénariste » Georges Lapierre rédigea une chronique
des barricades sur place, la livrant au mensuel CQFD. Ce livre édité par le peintre Ruben Leyva rend hommage à cette lutte en insistant sur la forme artistique, montrant la créativité du
mouvement sous les aspects photographiques. Son titre fait référence au martyr de l'indépendance colombienne : Camilo Torres Tenerio. Il y a révérence et référence.
Joëlle Losfeld , Paris, 2007. 245 pages, 10 euros
Lurs, c’est ce petit village de Haute Provence où la famille Drummond a trouvé la mort une nuit d’août 1952. La presse y arrive toutes dents ouvertes, la police arrête un clan, les
Dominici dont le patriarche Gaston est un résistant communiste. Après bien des cafouillages et moult témoignages de dernière minute, ses propres fils l’accusent. Un journal titre alors :
« C’était le vieux ! » Les rivalités du village vont bon train. La Pisciologie ou l’art de noyer le poisson atteint les enquêteurs. Jean Meckert révise cette affaire, y dénonçant
la voracité de la presse et du public cannibale : « Innocent que j’étais, de n’avoir pas compris que les monstres servent d’exutoire au sadisme larvé des honnêtes
gens !... »
L’auteur, résistant dans l’Yonne, écrivain proche d’André Cayatte dont il novelise les films, est un maître du langage parlé. Ses œuvres dont le passionnant Justice
est faite sont rééditées chez Joëlle Losfeld. Envoyé aussi à Lurs, il écrira : « L’information a jugé Elle s’est payé du vieillard monstrueux au même titre qu’elle
a besoin de s’envoyer de la mère indigne ou du charretier brutal. » L’affaire Dominici restera une des affaires les plus marquantes du XXeme siècle, Barthes y a consacré quelques lignes
dans Mythologies parlant de triomphe de la littérature: ce livre haletant, nous en rappelle l’histoire.
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